Radio. Radio France mise en demeure par l’Arcom : 70 % du temps de parole du RN diffusé entre minuit et six heures. Respecter la forme pour vider le fond — Quelle est la situation en Italie ?

Di Redazione Francia24
12 Jun 2026

Il y avait, dans les décennies de la Première République italienne, une institution singulière : le centre d’écoute du Parti Radical. Pannella et les siens l’avaient créé pour surveiller le temps de parole accordé aux partis sur les chaînes de la RAI. Les résultats étaient invariablement les mêmes : les partis de gouvernement surreprésentés, les Radicaux — alors formation d’une certaine importance — systématiquement pénalisés. Personne ne contestait les chiffres. Politiques et techniciens de la RAI avaient toujours une explication. C’était un problème de grille. C’était la nature de l’émission. C’était, au fond, la complexité du système. Quarante ans plus tard, de l’autre côté des Alpes, Radio France a trouvé une explication encore plus élégante : la faute en revient au logiciel. Qui, curieusement, va toujours à l’encontre de ceux qui ne sont pas solidaires du bloc gouvernemental du moment.

Synthèse

L’Arcom a mis en demeure Radio France le 11 juin 2026 pour “sous-représentation” du Rassemblement National dans les tranches diurnes. Concernées : France Inter et franceinfo, sur la période janvier–mars 2026. Sur franceinfo, plus de 70 % du temps de parole accordé au RN est diffusé entre minuit et six heures du matin. Sur France Inter, la part nocturne dépasse les 60 %. L’Arcom parle explicitement de “manquements aux règles du pluralisme politique“. Radio France répond : erreur technique, nouveau logiciel introduit en janvier, la distinction jour/nuit “n’était pas encore possible”. Marine Le Pen : le comportement de Radio France “n’est plus supportable“. Bardella : le service public a “sciemment mis à l’écart le premier parti de France“.

La lettre et l’esprit

La loi française impose l’équité de traitement entre les formations politiques. Elle ne dit rien sur les tranches horaires. C’est une norme qui protège la quantité, non la qualité de l’exposition.

Radio France a respecté les chiffres. Elle a simplement choisi de les accumuler aux heures où l’audience est structurellement nulle. Le premier parti français en termes de suffrages a obtenu son espace en radio entre minuit et six heures du matin. La forme, irréprochable. Le fond, inexistant.

Le précédent des quotas musicaux

Ce n’est pas une technique nouvelle, et elle ne concerne pas uniquement la politique. Les radios françaises sont légalement tenues de diffuser un quota minimum de musique francophone. Certaines s’y conforment scrupuleusement : elles programment les titres francophones le samedi et le dimanche matin entre cinq heures et midi. Obligation respectée. Auditeurs : quelques milliers de noctambules attardés et quelques amateurs du genre. Ce qui, dans le cas de Radio FG et de son FG Lounge, n’exclut pas une cohorte d’inconditionnels.

Dans les deux cas, le mécanisme est identique. On vide une norme de protection en la transformant en formalité administrative. L’essentiel est de pouvoir présenter les chiffres au régulateur.

Rédactions et cultures politiques

Il n’est pas nécessaire d’imaginer une réunion de rédaction où quelqu’un aurait dit : “on met le RN après minuit.” Nous estimons — en tant qu’auditeurs et admirateurs de France Info — qu’il s’agit d’une question culturelle.

Nous sommes en présence d’une culture rédactionnelle homogène qui produit des choix éditoriaux homogènes, de manière tout à fait naturelle et non concertée. Les rédactions de France Inter et de Franceinfo — comme celles de la grande majorité des médias italiens — sont composées en large majorité de journalistes dont la sensibilité politique va du centre-gauche à la gauche.

Ce n’est pas un secret, ce n’est pas une faute : c’est un fait sociologique documenté dans toute l’Europe. Ou peut-être, comme pourrait nous le raconter le président américain Donald Trump, dans toutes les démocraties qui se définissent libérales.

Le résultat pratique est que le RN — premier parti français — est perçu comme un hôte encombrant, à reléguer dans les tranches où l’audience est insignifiante. Non sur ordre. Par réflexe conditionné. Et quand le régulateur frappe à la porte, on sort le logiciel.

L’industrie du pluralisme formel

Le centre d’écoute radical documentait exactement ce mécanisme dans l’Italie des années soixante-dix et quatre-vingt. Les chiffres étaient irréprochables sur le plan technique et dévastateurs sur le fond. La RAI répondait invariablement par des explications de nature technique, éditoriale, structurelle. Personne ne faisait jamais l’objet d’une sanction significative.

Le pluralisme formel est une industrie florissante. Il produit des certifications de conformité, des rapports au régulateur, des déclarations d’engagement. Il produit tout sauf ce qu’il devrait produire : un accès réel et proportionnel à l’information pour toutes les forces politiques représentatives.

L’excuse du logiciel

Radio France a répondu par une déclaration qui est un petit chef-d’œuvre du genre. En janvier 2026, un nouvel outil de gestion des temps de parole a été introduit.

Pour ceux qui connaissent la radio : Nous pensons qu’il s’agit d’un plugin pour un système d’automatisation radio, ou du moins d’un système de support à la programmation.

L’outil est qualifié de “très complexe”. La distinction entre tranche diurne et tranche nocturne “n’était pas encore possible”.

Répétons cette phrase, car quiconque connaît les systèmes d’automatisation pense que cela n’est pas la vérité : ces systèmes connaissent évidemment la différence entre le jour et la nuit — à la minute près, en fait — puisqu’ils sont contraints de diffuser spots et insertions publicitaires selon des cadences et des horaires précis.

Trois mois. De janvier à mars. En trois mois, personne dans la rédaction de franceinfo — où 70 % de l’espace accordé au premier parti français était diffusé après minuit — n’a soulevé la question. Aucun journaliste, aucun responsable de programmation, aucun directeur. Parce que le logiciel ne les alertait pas.

Désormais — disent-ils — le problème est résolu grâce à une mise à jour.

La mise en demeure

L’Arcom a émis une mise en demeure : un avertissement formel qui précède les sanctions. Radio France est tenue de corriger la situation. Il n’y a, pour l’heure, aucune conséquence économique significative.

La démarche est néanmoins significative. C’est la première fois que le régulateur audiovisuel français censure explicitement le service public audiovisuel pour violation des règles du pluralisme en lien avec le RN.

Le signal institutionnel est clair, même si les conséquences pratiques restent toutes à voir. Radio France a déjà fait savoir qu’elle avait invité à plusieurs reprises Marine Le Pen et Bardella à l’interview politique de 8h30 — et que les deux ont décliné pendant plus de deux ans. Une contre-narration élégante, elle aussi.

L’affaire Radio France–Arcom est la photographie d’un système où les règles sur le pluralisme existent, les régulateurs existent, les sanctions existent — et le résultat pratique est que le premier parti français obtient son espace en radio quand les auditeurs dorment.

Nous ne savons pas si la même règle s’applique en Italie dans ce qu’ils appellent “Tele Meloni“, mais nous nous souvenons avec précision de l’époque où elle s’appliquait contre le parti qui — en son temps — a même compté Daniele Capezzone parmi ses Secrétaires politiques.

Le centre d’écoute radical s’en serait aperçu immédiatement. Mais ici en France, il n’existe pas. Et — malheureusement — il n’existe plus en Italie non plus. (M.H.B. pour Radio Nizza)